Je ne vieillis pas !

 Il y a quelques jours,
terrassé par la douleur,
je croyais le temps figé par la souffrance ;

mais non, je ne vieillis pas :
elle n’a fait que le suspendre,
le temps de me relancer.

Hourras ! Hourras !

Non, je ne vieillis pas.
Arrêtez de m’agacer
avec vos tristes histoires de chagrinés nostalgiques.
Je n’en ai rien à foutre
de vos regards collés au rétroviseur,
lassés de scruter le crépuscule,
tournant obstinément le dos à l’aurore.

Non, je ne vieillis pas.
Je change d’état —
et tout changement est un bain de jouvence,
un feu secret
qui renouvelle mes fibres,
même quand vous croyez que je décline.

Non, je ne vieillis pas.
Je me rajeunis
dans le sens du mouvement du temps.
Même malade, cloué au lit,
criant ma douleur : « aïe, aïe »[i],
je ne suis jamais immobile ;

 Un vent souffle en moi, omniprésent et perpétuel- 

idées, plaisirs, colères, rêves…
Que d’éruptions silencieuses !

Non, je ne vieillis pas.
Mes rides ne sont pas des ruines :
ce sont les lignes de mes trésors accumulés.

Et mes cheveux blancs,
miroirs des soleils que j’ai aimés,
renvoient à mes enfants, à mes petits-enfants,
les éclats de l’amour.

Ils les effleurent de leurs doigts,
et je respire sur leur peau
le parfum de leurs âmes,
brillantes comme les rayons du matin.

Non, je ne vieillis pas.
Je ne compte plus les années comme on compte des pertes,
mais comme on recueille les dons d’Allah :
offrandes de l’expérience, de la douceur,
de l’audace, de la clairvoyance.

Non, je ne vieillis pas.
Mon cœur n’est pas plus lent :
il est plus vaste.
Il bat moins pour paraître
et davantage pour être.

Voilà pourquoi je ne vieillis pas :
je refuse de porter le deuil du passé.
Me font pitié les prisonniers des souvenirs
qui construisent leurs propres geôles.

Moi, j’ouvre grands les bras
à l’aube qui avance…

Là où mes voyages se terminent,
d’autres commencent comme des fleurs; 

Ouvrant des nouvellent voies, d'autres perspectives.

El Boukhary Mohamed Mouemel

 

 

 

 

 

 

 

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