Du rapport de la Cour des Comptes /Jemaldine CHEIKH MED EL-MAMY

Le Président Ghazouani face à une opposition fragmentée constituée d’une part de la frange modérée qui veut participer au dialogue politique et d’autre part par une frange intransigeante – IRA et consorts- qui pose des conditions draconiennes pour prendre part à ce même dialogue.

Selon les observateurs de la scène politique, le pouvoir en place voudrait créer un climat de sérénité et de confiance dans l’arène politique, notamment en désignant un nouveau premier ministre – Ould Djaye - dès son investiture pour son second mandat. De renommée financière , le premier ministre a mis place un gouvernement trié sur le volet formé essentiellement de jeunes technocrates qu’il contrôle, définit et suit les actions avec zèle et fermeté.

Sur le plan politique néanmoins, d’autres considérations entre en jeu tel le parti Insaf qui est le bras politique du régime et qui selon les analystes locaux continue à travailler au ralenti sans détenir de véritable ascendant sur l’action gouvernementale alors qu’il devrait jouer le rôle de véritable machine à promotion la politique du régime en place. 

Et en tout gouvernement, la gestion des deniers publics est primordiale pour garantir la disponibilité des fonds nécessaires en vue de faire tourner les institutions de l’Etat grâce à une saine et bonne gouvernance du budget public.

La Mauritanie, depuis son indépendance, a opté pour une nationalisation des secteurs de l’économie car étant jeune, elle ne pouvait pas attribuer aux hommes d’affaires mauritaniens immatures de prendre en charge l’économie , pouvoir qu’elle s’est très tôt accaparée en créant les principales entreprises publiques : la SONIMEX, la SONELEC, AIR MAURITANIE, IMAPEC , SOFRIMA , STPN, SONDAER, en nationalisant la Miferma qui est devenue la SNIM ... l’état mauritanien s’étant ainsi engagé dans un socialisme , qui selon les défenseurs de cette doctrine de gauche, correspond parfaitement au projet d’une Mauritanie unifiée sous la bannière d’un état centralisateur loin de tout régionalisme ou fédéralisme qui risquerait de compromettre l’avenir du pays. La gestion de ses multiples entreprises publiques demandait une certaine rigueur dans les comptes , c’est dans ce contexte que fut créé le poste implacable de Contrôleur Général de l’Etat affilié à la Présidence de la République et dont le rôle principal était de vérifier à la loupe la gestion des dirigeants des entreprises publics.

Mais suite à la crise des années quatre vingt, les principaux partenaires financiers de la Mauritanie, avaient préconisé un redressement drastique de l’économie et mirent en place un programme structurel visant à privatiser ou semi-privatiser certaine entreprises dont les banques.

Ces mesures ne furent pas populaires à l’époque, et d’ailleurs elles étaient le cheval de bataille de l’opposition qui prétend que ces entreprises furent bradées à un ouguiya symbolique.

La Mauritanie, socialiste d’antan, entre de plein pied dans le système capitaliste en se désengageant de ses pouvoirs régaliens pour laisser le champ libre au marché économique devant les capitaux privés. Plusieurs changements dans la situation politique, coups d’état et élections présidentielles doublés d’une crise économique persistante ont emmené les décideurs à revoir leur copie.

Les échéances électorales municipales , parlementaires et présidentielles aux mandats courts, quatre ans, ont toujours représenté un challenge à relever par le pouvoir en place qui recrutera ses principaux élus de la classe commerçante privilégiée qui va bénéficier des marchés publics non contrôles et florissants .

Cette classe va jouer un rôle de premier plan dans le résultat des élections en drainant vers le régime en place les voix de la majorité des électeurs mauritaniens et donc de légitimer le pouvoir en place.

Cette symbiose politicienne créée par le pouvoir en place consacrera une culture laxiste et clientéliste de la gestion des fonds publics. Le haut fonctionnaire dont le rôle par essence est de préserver l’intégrité des deniers publics, est au contraire devenu un prédateur incontrôlé transformant des départements entiers en une caisse noire qu’il manipule sans compter. Voilà ainsi trois décennies, que la Mauritanie est devenue une véritable caverne d’Ali Baba.

De nombreux personnes sont devenues très riches amassant des fortunes incommensurables qu’elles placeraient nécessairement dans des pays étrangers sans se soucier des populations démunies qui croupissent sous le joug de la cherté de la vie et qui sont dépourvues dans leur majorité d’une assistance de la part de l’Etat pour alléger leurs souffrances. D’ailleurs, nous assistons à la naissance de lobbies au sein de l’Etat qui sont intouchables et qui sont recyclés voire remplacés par chaque nouveau régime.

Ces personnes influentes et contrôlant aussi bien le domaine politique qu’économique sont elles qui véritablement font main basse sur le pouvoir en Mauritanie.

Certains rumeurs des salons de Nouakchott, incriminent des officiers supérieurs de l’armée sans avoir les preuves à cela. L’armée qui jouit certes de beaucoup d’avantages financiers reste néanmoins le seul rempart, selon certains observateurs, quisort de cet imbroglio car les affairistes s’y aventurent rarement étant donné les consignes sécuritaires très rigoureuses propres aux armées.

Pour revenir au contrôle des fonds publics, l’Etat créera plus tard certaines institutions de contrôle plus ou moins indépendantes à savoir l’Inspection Générale de l’Etat et la Cour des comptes.

L’inspection générale fut active et quelque peu efficace aux premières années de sa créations en recrutant des inspecteurs parmi les cadres compétents de l’Etat et d’autres experts comptables pour devenir vers la suite une institution banalisée et démunie de sa puissance vis-à-vis de ces sujets publics.

La cour des comptes quant à elle qui en fait fait double emploi avec l’inspection générale ont toutes les deux traversé une période de débrayage servant jusqu’à nos de placard pour les hauts fonctionnaires écartés.

Nous assistons ces jours ci à la production d’un rapport bien ficelé établi par la Cour des Comptes et rendu public aussitôt remis au Chef de l’Etat. Ce rapport de plus de quatre cents pages dont j’ai pu en consulter certains passages, traduirat-il un nouvel élan dans la lutte contre la gabegie qui gangrène le pays depuis des décennies. En incriminant plusieurs responsables publics, ce rapport qui porte sur les années 2022 et 2023, va-t-il jeter une pierre dans cette mare aux eaux troubles de la gestion des deniers publics ? N'allons pas plus vite que les choses, mais restons optimistes quant à l’issue de ce rapport qui restera lettre morte tans que la Présidence de la République n’aura pas dit son dernier mot.

Pour conclure, ce mot , je dirais que c’est au sommet de la hiérarchie de l’Etat que sont initiées les politiques qui pourront efficacement assainir les finances publiques.

Jemaldine CHEIKH MED EL-MAMY

Economist et Consultant independent

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