Oui, Beyrouk, c’est du désert et des hommes

Je suis en train de lire Mbarek Ould Beyrouk : du désert et des hommes, de Bernadette Rey Mimosso-Ruiz, édition l’Harmattan, 2024. Je viens de le « piquer » amicalement chez ma grande amie la romancière Néné Dramé.

À ma connaissance — bien limitée — c’est la référence académique la plus complète et la plus aboutie sur ce talentueux romancier mauritanien qu’est Mbarek Ould Beyrouk.

Cependant, le sous-chapitre « 1.3 Les renvois » m’intéresse particulièrement.

La manière dont Bernadette Rey Mimosso-Ruiz évoque cet aspect me surprend un peu. Ayant lu certains des romans dont il est question, ces « renvois » — comme elle les appelle — m’interrogent. Je ne me rappelle pas que Beyrouk les cite explicitement ou y fasse allusion implicitement.

Simple lecteur profane, je n’ai pu m’empêcher de me demander : pourquoi voir des « renvois » dans ce qu’il écrit ? Pourquoi ne pas lui attribuer pleinement la propriété intellectuelle de son œuvre, au lieu d’y voir la main indirecte d’autrui ?

Parce qu’il existe quelques ressemblances ou influences supposées ? Probablement.

Grand admirateur de cet auteur, j’aimerais que l’on m’explique : à partir de quel moment une ressemblance, une atmosphère, une structure narrative ou une sensibilité deviennent-elles un « renvoi » à une autre œuvre ?

Contrairement à certaines théories de l’intertextualité, je ne pense pas qu’un texte se construise forcément dans une logique permanente d’emprunts, conscients ou inconscients, à d’autres auteurs.

Certes, par analogie et à la lumière des théories de la littérature comparée, il est légitime d’établir des liens en estimant qu’aucun texte « ne s’écrit à partir de rien ».

Mais attention : il ne faut pas pousser le raisonnement au point de réduire l’auteur à une mosaïque d’influences.

Dans le cas de Beyrouk, pourquoi chercher à le comprendre en lui appliquant des grilles de lecture venues d’ailleurs ? Pourquoi ne pas regarder dans son propre univers humain, désertique, mauritanien, saharien ? Il y baigne profondément, traversant ses mots de long en large.

Il n'est pas certain que cela soit le meilleur service, autant pour lui que pour ceux dont il porte la voix bien loin, que de le considérer comme un auteur « périphérique » qu’il faudrait intégrer dans un système littéraire mondial en le reliant coûte que coûte à des références déjà reconnues sur la scène internationale.

Il y a lieu de l’observer autrement qu’à travers une sorte de bibliothèque mentale où domine encore, implicitement, le lien du CENTRE à la PÉRIPHÉRIE.

Il faut lire ses romans tout simplement comme ils sont : une œuvre à la fois personnelle, mauritanienne et sahélienne, qui s’ouvre sur le monde, et qui doit être perçue pleinement comme source — et pas comme carrefour d’influences.

Et d'ailleurs c’est bien ce que dit Bernadette Rey Mimosso-Ruiz d’entrée de jeu : « … du désert et des hommes ».

El Boukhary Mohamed Mouemel
Akjoujt, 7 mai 2026

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