Petite contribution à la séance de dédicaces de l’œuvre d’El Boukhary Mohamed Mouemel

Bismillahi ar-Rahmani ar-Rahim

Salamou aleykoum, bonsoir,

Permettez-moi tout d’abord de me présenter. Breton de très vieille famille catholique, peut-être même antérieurement druidique, je suis né à Paris en 1953, puis élevé par les Jésuites à Bordeaux, avant de choisir de vivre pauvrement, le plus près possible de la Nature, pour au final entrer en islam à l’âge de quarante ans, lors de mon premier voyage en Mauritanie. C’est à Maata Moulana que j’ai découvert combien votre religion – la nôtre désormais – était réellement une religion de la Nature, nous proposant de saines limites, claires et à portée de tous et toutes, loin de tout excès.

Mais je ne m’attendais pas, moi l’antimilitariste tant affirmé dans ma jeunesse orgueilleuse, que ce soit un colonel de l’armée qui m’enseigne combien le respect du naturel est tout simplement inscrit dans les gènes de la République islamique de Mauritanie ; à ceci près qu’il reste encore, à celle-ci, de le faire vivre au quotidien, entre tous ses membres sans exception. « Ancien bédouin forcé à la vie urbaine », comme il se définit lui-même, El Boukhary – un prénom qui le rattache à de lointaines racines orientales, mais aussi à une quête de sagesse, d’études et d’approfondissement de l’enseignement du prophète Mohammed (Paix et Bénédictions sur Lui) –, notre auteur a cette pudeur si caractéristique des gens du désert à ne pas imposer militairement ses propres convictions à ses lecteurs et lectrices, tout aussi soumis que lui, sinon plus, aux conditions existentielles de la présente modernité… qui ne sera peut-être pas celle de demain.

Il a cet art de suggérer, par de multiples allusions, les pistes qu’il entrevoit, « tout simplement entre trois souffles », en s’effaçant ici et là pour donner la parole à d’autres auteurs qui racontent eux aussi, chacun à sa manière, des réponses à l’aventure où nous a engagés la révolution industrielle des siècles derniers. Réponses tout d’abord humaines, bien sûr, mais aussi exclusivement technologiques, puisqu’il s’enhardit même à laisser s’exprimer son « marabout IA », dont il reconnaît, tout en s’en inquiétant, la puissance grandissante sur nos décisions. Et voilà peut-être comment, « d’évasions en observations et lectures », notre belle Mauritanie peut tracer, dans le désert des mégalopoles anxieuses et affairées, un nouveau chemin d’humanité pour tous ceux et celles qui l’ont oubliée. Telle était la science des bédouins. Est-ce leur long « sous-développement » qui leur a permis de ne jamais la perdre ? Merci en tout cas au colonel El Boukhary Mohamed Mouemel de nous la rappeler, en reprenant, tout simplement, le temps de respirer. Profondément, entre trois souffles…

Ian Mansour de Grange

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