Ma surprise, cet admirable trésor ...!

« Le monde est petit... mais pas la Chine », ai-je l'habitude de me dire depuis quelque temps.

C'est là, à plusieurs milliers de kilomètres de la Mauritanie, que j'ai rencontré l'une des plus belles expressions de l'âme de mon pays.

Une rencontre inattendue.

Je ne parle ni d'un sommet diplomatique, ni d'une manifestation culturelle officielle, ni d'un musée.

De quoi s'agit-il alors ?

J'allais répondre : venez voir, et vous comprendrez mieux que ne vous diront les mots.

Mais je n'ai que les mots à offrir.

Sont-ils suffisants ?

Pas totalement.

Car rien, à première vue, ne laisse deviner ce dont il s'agit : aucun panneau ne l'annonce ; aucun catalogue ne la répertorie ; aucun guide touristique ne la mentionne.

Et pourtant, elle est bien là, cette galerie d'art qui ne dit pas son nom.

Vivante, discrète, étonnante.

Depuis quelque temps, je la fréquente presque quotidiennement. Plus je la découvre, plus elle m'émerveille. Chaque couloir, chaque bureau, chaque salle semble révéler un fragment de Mauritanie.

À tel point qu'une question me hante désormais :

Combien d'administrations publiques mauritaniennes peuvent se targuer d'abriter plus de cent cinquante œuvres d'art et d'artisanat nationaux utilisées uniquement à des fins décoratives ?

Je sais désormais qu'il en existe au moins une.

Elle se trouve... en Chine.

À Pékin plus précisément.

Dans les locaux de l'Ambassade de la République islamique de Mauritanie.

Là, les œuvres des peintres mauritaniens côtoient les créations de nos artisans dans un dialogue silencieux. Tableaux, couleurs, matières et formes rivalisent harmonieusement pour surprendre le visiteur et retenir son regard.

Plus de quarante toiles réalisées par une belle brochette d'artistes plasticiens mauritaniens y côtoient une centaine d'objets issus de notre artisanat national.

Pour nous qui travaillons dans ces lieux, cette harmonie et ce qu'elle nous renvoie dépassent largement la simple décoration.

Ces œuvres abolissent les distances.

Elles font voyager le regard vers les dunes et les palmeraies, les campements et les villages, les rivages et le fleuve, les traditions et les souvenirs.

Elles rappellent à chacun d'entre nous son appartenance à une histoire, à une culture et à une terre dont l'éloignement rend parfois la présence encore plus forte. Du moins, c'est mon cas.

À travers ces tableaux et ces objets, la Mauritanie se raconte sans discours, sans protocole. Elle offre aux autres une image d'elle-même que les narratifs habituels — statistiques, rapports et déclarations officielles — peinent souvent à transmettre.

On le sait : l'art parle parfois plus juste que les mots.

Mais en matière d'image extérieure, son apport a peu d'égal.

Cette découverte, à des milliers de kilomètres du territoire national, m'inspire aujourd'hui une réflexion qui a pris de l'épaisseur avec le temps.

Pourquoi faut-il parfois s'éloigner de son pays ou l'observer à travers le regard d'autrui pour prendre pleinement conscience de certaines de ses richesses immatérielles les plus précieuses ?

Cette question m'est revenue avec force lorsque j'ai découvert récemment que la vision écologique de l'artiste mauritanienne Malouma Mint Meidah était enseignée à des lycéens québécois.

Dans ce cas, l'initiative venait d'acteurs étrangers.

Dans celui de Pékin, elle émane d'un ambassadeur mauritanien.

Pourtant, les deux situations présentent un point commun : l'ailleurs agit comme un révélateur.

Au Québec, des éducateurs canadiens attirent notre attention sur une dimension de l'œuvre de Malouma que nous exploitons peu nous-mêmes.

À Pékin, un diplomate mauritanien choisit de faire rayonner nos artistes et nos artisans à travers un espace situé hors du territoire national.

Dans un cas, l'étranger est acteur.

Dans l'autre, il est cadre.

Pourquoi avons-nous une meilleure perception de nous-mêmes lorsque nous nous regardons depuis l'ailleurs ou lorsque d'autres nous regardent depuis l'ailleurs ?

Comment la distance peut-elle révéler ce que la proximité finit parfois par rendre invisible ?

Manifestement, l'ambassadeur Doudou Bal avait trouvé la réponse bien avant beaucoup d'entre nous.

Combien sont-ils, nos diplomates, responsables politiques et administratifs, qui font comme lui ?

Kham...

Pékin, septembre 2014
(Relu et révisé ce jour même)

El Boukhary Mohamed Mouemel

   

    

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