Apolitique ? Kham.

 

La réponse Kham me convient, sans que je sache vraiment pourquoi.
Avec une belle sonorité wolof, et puisée de surcroît dans ma langue maternelle — le hassanya — elle s’impose comme un aveu à demi-mot :
une hésitation ?
une incertitude ?
une ignorance ?

Car enfin, que signifie être apolitique
quand on habite un monde bouillonnant,

un monde qui vous façonne jusque dans vos silences ?
Quand même le refus de choisir devient, à son tour, un choix.
Est-ce le meilleur ? Kham.

Je me surprends à discuter silencieusement avec mes mots.
Qu’ils parlent ou qu’ils se taisent, je les écoute.
Mais est-ce que je les entends ? Kham.
Que disent-ils, au juste ? Kham.
Rendent-ils compte de ce qui me traverse — souvent, sans se dire ?

La seule certitude dont je ne doute pas : je doute.
Et cela me suffit, parfois — tant qu’il ne flanche pas.

Peut-être que je me tiens sur une ligne de crête.
D’un côté, le vacarme des certitudes qui tranchent, classent, enrôlent.
De l’autre, le retrait de celui qui regarde sans se compromettre,
qui analyse sans s’exposer.

Est-ce de la politique,
ou plutôt une forme d’évasion ? Kham.

Et pourtant, une gêne persiste.
Comme si le silence lui-même pesait.
Comme si se taire n’était jamais tout à fait neutre.
Même neutre, est-ce vraiment neutre ?

Autrement dit :
politique et apolitique ne seraient-ils que deux signifiants pour un même signifié ?

Kham.

El Boukhary Mohamed Mouemel

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