Bombardement d’Hiroshima et crise climatique : une analogie silencieusement catastrophique.

Le monde commémore aujourd’hui le 80ème anniversaire de la première mise en œuvre de l’arme atomique dans un conflit armé. L’unanimité est totale, ou du moins officiellement : faire tout pour éviter que de telle catastrophe ne se reproduise plus. Mais une autre menace tout aussi grave, mais beaucoup plus diffuse, se déploie sous nos yeux- et par nous-même !- sans toutefois provoquer autant d’émotions et d'inquiétude. Néanmoins, quelques voix alarmantes, certes faibles mais pas impuissantes, s’élèvent en établissant des liens en termes de nuisance entre les deux faits.  

Il y a trois ans, jour pour jour, je lançais le cri suivant, que je réitère encore, au moment où les climatosceptiques gagnent de plus en plus de terrain, notamment au sein des pays les plus pollueurs:

 

« Cessons de larguer sur nos têtes des bombes d'Hiroshima d’un autre genre ![i]

 Aujourd'hui, les survivants d’Hiroshima, « Hibakushas », comme on les appelle au Japon, commémorent le 77ème anniversaire du drame terrible qui frappa leur pays le 6 juillet 1945. Et par la même occasion, beaucoup de monde, le Secrétaire général de l’Onu en tête, lancent des cris d’alarme mettant en garde contre l’emploi de l’armement nucléaire.

Le risque est en effet réel, alors qu’une menace d’un autre genre, et d’une ampleur comparable, nous frappe dangereusement. Son énorme étendue géographique, sa constance et son rythme de plus en plus accéléré, font que ses dégâts n’épargnent quasiment aucune espèce, animale ou végétale. Parmi les humains, ses victimes se comptent par millions, par dizaines ou centaines de millions, voire par milliards : en réalité aucune personne n’y échappe. Elle nous frappe tous ; et les populations affectées les plus visibles ont désormais un nom : « refugiés climatiques ».

Les données fournies par les organes et institutions spécialisés, par le GIEC (groupe intergouvernemental sur le changement climatique) entre autres, indiquent que leur nombre est en augmentation, et que la courbe est loin de suivre une trajectoire descendante. Au contraire, l’information qui vient de tomber il y a quelques heures, annonçant la suspension par la Chine de sa coopération avec les États-Unis dans la lutte contre le changement climatique, n'augure rien de bon pour l’avenir. De même, les efforts de "relance économique post- covid", la guerre d’Ukraine et la nouvelle impulsion données aux énergies fossiles qui en résulte, ne portent pas à l’optimisme.

Tout cela concourt à un changement climatique qui n'est pas moins nocif que la bombe d'Hiroshima. Pire, il serait même plus préjudiciable à certains égards : il n’est pas l’œuvre d’État ou d’acteur précis, ni circonscrit dans le temps et l’espace et ne se manifeste pas à travers des déflagrations terrifiantes ou des nuages de fumée spectaculaires qui alertent les populations sur le danger encouru. Il s’agit de bombes silencieuses, dont les détonations sourdes et les effets dévastateurs s’opèrent progressivement, sur le moyen et long terme ; et nous en sommes tous, à la fois, les artificiers et les victimes.

C’est vrai cependant que les puissances industrielles et certains pays émergents constituent les premiers pollueurs émetteurs de gaz à effet de serre (GES). A contrario, les pays qui polluent moins sont les premières victimes. C’est le cas notamment du Continent noir, dont la part dans les émissions des GES est de l’ordre de 4%, alors que les pays africains comptent parmi les plus touchés par les effets néfastes du réchauffement climatique. La région sahélienne en souffre particulièrement.

La Mauritanie est durement frappée par le phénomène avec des périodes de sécheresse et de canicules, de plus en plus longues et fréquentes, avec une désertification rampante quasiment imparable, avec la montée des eaux de l’océan, l’augmentation de son acidité et l’impact préoccupant de ces phénomènes sur la richesse halieutique et le milieu marin en général…

En outre, une augmentation des risques écologiques est à craindre en ce qui concerne notre pays, avec le démarrage prochain de l'exploitation du gaz dans nos eaux territoriales. Par exemple, notre part dans les émissions des GES, qui est de 0,015% des émissions mondiales, est appelée à augmenter. Également, d'autres nuisances ne sont pas à exclure du fait notamment des bruits des machines et des mouvements d'engins dans le milieu marin.

D’où la nécessité de faire très attention aux aspects liés à l’environnement dans ce projet, comme d’ailleurs dans tous les projets et œuvres de développement menés dans le pays. Sans quoi, nous mettrions en œuvre des bombes climatiques tout aussi dévastatrice que les armes de destruction massive. Et ce sont nos enfants et petits-enfants qui le payeront trop cher.

El Boukhary Mohamed Mouemel

 

 

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