Terrorisme: Le redéploiement de Barkhane et de la FC- G5S, et ses risques pour la Mauritanie.

Ça y est, la décision est prise et ses contours précisés : la France va renforcer, d’ici quelques semaines, les effectifs de sa force Barkhane par des centaines de militaires supplémentaires. La ministre des Armées vient de l’annoncer hier dans un  communiqué publié ce 2 février. Mme Florence Parly a précisé qu’il s’agit de « l’envoi de 600 soldats supplémentaires au Sahel, conformément à une décision prise par le président Macron à l’occasion d’un Conseil de défense tenu le 29 janvier. Ce renfort portera les effectifs français déployés au Sahel à 5.100 militaires ».

Selon l’AFP, les renforts humains seront accompagnés d’une centaine de véhicules (blindés lourds- blindés légers- logistiques), et leur déploiement devrait s’effectuer d’ici la fin du mois.

L’axe d’effort, la zone des ‘trois frontières’...

« L’essentiel des renforts sera déployé dans la zone dite des ‘trois frontières’ entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Une autre partie de ces renforts sera engagée directement au sein des forces du G5 Sahel pour les accompagner au combat », a précisé Mme Parly, qui a confirmé par ailleurs l’arrivée prochaine d’un bataillon tchadien dans ce secteur.

Egalement, en application des décisions du sommet de Pau, qui avait réuni les chefs d’Etat du G5 Sahel et le président français, la Force commune G5 Sahel (FC-G5S) est appelée elle aussi à mettre l’effort sur la ‘zone des trois frontières’.

L’objectif de la concentration des efforts militaires dans ce secteur est de «nous permettre d’accentuer la pression contre l’État islamique au grand Sahara », a expliqué la ministre.

Une stratégie de contournement bien rodée chez les terroristes…

Les groupes terroristes armés ne se laisseront évidement pas faire. Comme à leur habitude, ils devront adopter une stratégie de contournement, comme ils font à chaque fois qu’ils sont acculés. Leur approche militaire consisterait à privilégier trois axes stratégiques, aussi complémentaires que classiques dans un contexte de guerre asymétrique:

Axe 1: se replier et/ou ouvrir des fronts de combat, en se dispersant dans d'autres régions plus ou moins éloignées afin de diminuer et perturber la pression militaire ennemie que subissent ou subiront leurs combattants et bases dans la zone des ‘trois frontières’.

Axe 2: éviter les confrontations frontales avec un ennemi largement supérieur quantitativement et qualitativement. En particulier, éviter de s’exposer à l’axe d’effort principal de Barkhane, de la FC-G5S et leurs alliés : agir plutôt en exploitant les opportunités qu’offre le rapport de force dans les zones où l’adversaire présente des faiblesses dont la mise à profit est susceptible d’être avantageuse.

Axe 3: épuiser et user l'ennemi, en mettant en œuvre les techniques et méthodes de la guérilla, en multipliant notamment des fronts de combat  espacés  géographiquement. Le but étant de rendre difficile et complexe pour l'adversaire les tâches de suivre le rythme des opérations et de couvrir la diversité et l'étendue de leurs théâtres qui s’étalent sur de nombreux terrains discontinus et éloignés les uns des autres.

De leur côté, la France, les pays du G5 Sahel et la FC-G5S ne négligent évidement pas ces aspects et risques qu'ils engendrent. D’ailleurs, la ministre des Armées l’a, en quelque sorte, souligné : « Nous ne laisserons aucun espace à ceux qui veulent déstabiliser le Sahel », a-t-elle fait savoir. Seulement, elle n’a pas expliqué comment; comme elle n’a indexé et ciblé que l’EIS (Etat Islamique au Sahara)...!   

 Or, les attaques terroristes répétées au Mali, menées ces derniers jours et semaines dans les régions de Nioro et Ségou, montrent que les groupes terroristes sont multiples et qu’ils se rapprochent de notre territoire. Nous en citerons celles du camp de Sokolo, à 85km des frontières de la Mauritanie, revendiquées par le GSIM (groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, conduit par le Malien Ag Iyad Ghali) ; ainsi ques des attaques  contre des postes militaires maliens à Kartala dans la région de Ségou,  revendiquées par l'EIS.  

La forêt de Wagadou, de nouveau un refuge terroriste menaçant pour la Mauritanie...

Selon les informations recueillies, les auteurs des attaques contre le camp de Sokolo trouvent refuge dans la forêt de Wagadou. Une zone qui les a toujours attirés depuis presque une dizaine d’années. Déjà en 2011, AQMI avait tenté d’y élire refuge et d'en faire une base arrière à partir de laquelle le groupe « jihadiste » comptait mener des attaques contre la Mauritanie. Ce qui, à l’époque, avait conduit les autorités politiques du pays et ses forces armées à lancer une opération préemptive audacieuse le 24 juin 2011 contre ces « jihadistes » particulièrement menaçants. Résultat : malgré les pertes, humaines et matérielles, subies par les deux belligérants, l’opération a été fructueuse pour la partie mauritanienne sur le plan stratégique. Porteuse d'un message persuasif fort, elle a contraint Aqmi à se retirer de la forêt de Wagadou et l’a dissuadé, depuis, d’attaquer le pays.

Toutefois, la situation semble changer actuellement : Wagadou devient de nouveau un fief terroriste dangereux, tant pour le Mali qui en souffre déjà énormément, que pour la Mauritanie qui se trouve  exposée à une menace "jihadiste" déployée sur ses frontières.

Un danger réel que les autorités politiques et militaires du pays savent, ainsi que leurs alliés. Ce qui ne nous empêchera pas d'inciter à la vigilance, à faire attention au risque qui consiste à se laisser se détourner de l'impératif prioritaire et permanent de la sécurisation des frontières nationales par le souci géopolitique conjoncturel de contribuer généreusement à la concentration des efforts militaires amis sur la zone des ‘trois frontières’.

Il n'est toutefois pas question de négliger notre rôle en matière de coopération transfrotalière dans la lutte contre le terrorisme. Bien au contraire ! Un point d'équilibre est à rechercher entre les deux besoins qui sont fortement liés et complémentaires.

 Tout en les combinant, il est impératif et urgent d’apporter une bonne réponse aux menaces terroristes sur les frontières du pays qui nous semblent plus que probables. Et la recette est connue de tous : mobiliser et mettre en œuvre les moyens de prévention nécessaires tout en mettant au point des moyens de réaction et de résilience adéquats, à engager "au cas où"…  

Colonel (e/r) El Boukhary Mohamed Mouemel

Président du COTES*

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*Centre Oum Tounsi pour les études stratégiques.   

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