Référendum constitutionnel: la vision de la conseillère du Premier ministre, Dr Hbiba Mint Bakar Ould Ahmedou (interview)*

Hbiba Mint Bakar Ould Ahmedou est une femme de lettres, Docteur en Art, Culture et Civilisations. Elle est conseillère du Premier Ministre, chargée des affaires culturelles et de l'enseignement. Elle est membre de la commission nationale de communication de la campagne pour le référendum du 05 août 2017. 

Mint BaKar est la petite fille de l'un des héros de la Résistance nationale, l'émir Ahmedou Ould Sidi Ely. C'est à ce titre que nous sollicitons son éclairage sur la résistance. Cette résistance, qui, justement, est au centre de l'intérêt des Mauritaniens, en ces jours de campagne électorale. Campagne sur des Réformes Constitutionnelles, qui, entre autres, restaurent l'imaginaire de cette Résistance contre l'invasion française, au début du siècle dernier, à travers l'introduction de deux  bandes rouges sur le drapeau national.

 

Q: Comment la petite fille de l'un de nos illustres résistants, en l'occurrence,  l'Emir Ahmedou Ould Sidi Ely, perçoit-elle la résistance mauritanienne ?

R: Je ressens une profonde émotion ces jours-ci, où la résistance revient dans le débat sur la scène publique. Je suis un peu, sans vantardise, une rescapée, en quelque sorte de cette résistance. J’aurais pu ne pas être née. Mon géniteur lointain aurait pu trouver la mort avant de donner naissance à mon arrière-grand père. Vous imaginez le drame. Vous seriez là ( sourire) en train d’interviewer un fantôme.

Q: Il y a le drapeau, désormais…

R: Oui, le drapeau. Le nouveau drapeau, qui me réconcilie un peu avec mon passé, qui réconcilie surtout des milliers d’hommes et de femmes anonymes avec ce passé lointain. Des hommes et des femmes qui ont perdu leurs aïeuls, dans des batailles contre l’occupant, et dont le souvenir s’arrête souvent au cercle familial le plus réduit. Pourtant, ils sont morts pour ces terres, pour nos terres, pour le territoire, qui porte aujourd’hui le nom de la Mauritanie. Tout cela, il est vrai, c’est du passé. Mais un passé ça se transmet, ça se réécrit, dans sa version la plus juste, la plus originelle.  Je crois qu’il est, ce passé-là, en train d’être  réécrit aujourd’hui grâce au drapeau restauré.

Restauré, oui ! C’est une restauration, en effet, de toute une partie de notre Histoire commune. Sans vouloir verser dans l’histoire, je dirais  qu’une Nation se construit d’abord sur et par son substrat passé. Autrement, elle serait une Nation amputée. Le drapeau d’un pays, selon mon entendement, doit dire le soi de tout un chacun.

La résistance nationale n’a pas été malheureusement assez présente dans notre éducation collective. Il y a certes quelques noms de héros, et non des moindres, d’ailleurs, qui ont été évoqués dans des manuels scolaires ; mais beaucoup de nos martyrs ont été oubliés. Je garde encore en mémoire ces récits héroïques transmis par ma famille. Vous n'êtes pas sans savoir combien ces récits, que d'autres verraient bien en anecdotes surréalistes, ont meublé mon enfance.  Ces récits ont fasciné la petite fille que j'étais et façonnent sans doute la femme que je suis maintenant. Ils me constituent, un peu, ces récits. Ils sont en moi. Ils font partie intégrante de mon identité. Et les voilà, enfin, ces récits retransmis, gravés, non seulement dans petite mémoire marginale, mais restitués sur ce drapeau, qui flottera dans peu de temps sur nos terres  entièrement libérées.

Ces bandes rouges, qui apparaissent sur le drapeau, symbolisent, pour moi, la stèle qui rappelle des martyrs célèbres et bien d'autres anonymes morts pour une cause on ne peut plus noble, parce qu'ils défendirent un jour lointain nos terres contre l'occupant. Ne méritent-ils pas une stèle de notre part, nos martyrs ? Je pense que le nouveau drapeau marque la plus belle stèle qui puisse consacrer la résistance. Je crois aussi qu'une Nation qui oublie ses martyrs risque bien de s'oublier un jour comme Nation.

Cependant, il nous revient aujourd'hui de retransmettre aux générations futures une certaine idée de la Nation. Je pense, ici, à l'Amour de la Patrie, à la Citoyenneté. Ce sont des choses qui se cultivent. Je crois que la symbolique du drapeau, dans l'imaginaire collectif, demeure fondamentale dans la constitution d'une identité nationale unique et unifiée.

Q : Que pensez-vous des autres réformes proposées pour le scrutin prochain ?

R: Le pays a connu, au cours des dernières années, des réalisations dans bien des domaines. Le citoyen était véritablement la priorité des pouvoirs publics. C'est pourquoi l'accent a été mis sur ce qui améliore le niveau de vie de celui-ci. Les secteurs de la santé et de l'éducation ont connu des transformations considérables, à travers, la construction et l'équipement des hôpitaux, tant à Nouakchott qu'à l'intérieur du pays. Le secteur de l'éducation a bénéficié, quant à lui, d'une attention particulière, notamment l'enseignement scientifique et technique et la formation professionnelle. Le pays s'est doté d'écoles spécialisées, dans le domaine de la médecine, des mines, de génie civil et des écoles d'excellence.

Dans le secteur des infrastructures, on peut souligner la prolifération des routes goudronnées, le nouvel aéroport international d'Oum Tounsi. Tout comme on a connu des performances significatives dans le secteur de l'énergie, des mines et de l'hydraulique.

J'ose dire que les réformes proposées pour le scrutin du 05 août prochain, pour revenir à votre question, sont la continuité logique de toutes les réalisations évoquées ci-haut. Comme les réalisations soulignées, ci-haut, les réformes proposées sont dédiées au citoyen tel qu'il soit, d'où qu'il vient. Elles ne sont dans l'intérêt d'une personne, en particulier, pas plus que toutes les autres, c'est-à-dire, l'ensemble des mauritaniens, y compris, je tiens à le signaler, ceux qui s'opposent à ces réformes.

Q: Certains  boycottent le scrutin...

 R; Hélas, c'est une vieille tradition de l'opposition mauritanienne: Le boycott. Et c'est bien dommage. C'est dommage, puisque nous sommes dans une société encore habitée par des reflexes, qui n'arrangent pas  vraiment la démocratie. Car, la démocratie s'acquiert et se confirme, au sein d'une société, par la pratique et l'exercice, en permanence. Lorsque ceux qui en revendiquent plus et davantage et prétendent même quelquefois en être chantres,  boycottent sa pratique, les échéances, qui en sont le champ d'entrainement, alors ils ne laissent plus vraiment le choix à un peuple pour lequel, ils ne proposent que la chaise vide. Et un peuple espère voir et avoir des perspectives. Les perspectives du boycott ne saurait l'emballer, puisqu'elles ne mènent à rien. Je crois que le décalage entre le peuple mauritanien et l'opposition est évident. Les mobilisations des populations, autour du Président de la République, au cours des meetings au niveau des régions intérieures et à Nouakchott, pour le scrutin du 05 août prochain, montrent d'une manière criante les errements et illusions, qui affectent  l'opposition, l'éternelle boycottiste. Je ne sais même plus qui boycotte quoi ou qui, au point où ils sont. Je serais tentée de dire que c'est bien le peuple qui boycotte cette opposition.

Q: Un dernier mot sur la suppression du Sénat ...

Le Sénat est une institution, qui est trop sophistiquée pour jouer véritablement un rôle ou constituer un intérêt pour le citoyen lambda. C'est d'abord un suffrage indirect, donc, qui n'engage pas vraiment, ou en tout cas, exprime peu ou pas du tout les soucis du citoyen. C'est une sorte de sinécure, coûteuse à la collectivité et ne permet pas, au passage l'ancrage d'une démocratie citoyenne. Mais on a introduit des conseils régionaux. C'est un pas géant vers le citoyen. C'est l'entière implication de celui-ci dans le devenir de son territoire, de sa région. C'est donner au citoyen son mot à dire dans la politique économique et sociale, éducative, culturelle et sanitaire, et j'en passe,  de sa région. 

 

* Interview réalisée par la commission nationale de communication pour la campagne du oui du référendum du 5 août 2017.
 
 

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