Mon « grand marabout » à l’épreuve de l’analyse et de l’écriture : son énorme avantage, le gain de temps

Tout a commencé par une série de questions assez classiques en apparence, mais seulement en apparence : qu’est-ce que l’intelligence ? Est-elle le propre de l’être humain ? Implique-t-elle nécessairement un cerveau, des neurones ou quelque chose qui en tiendrait lieu ? Et en quel sens peut-on parler d’intelligence à propos d’une machine ?

Je voulais justement savoir ce qui distingue l’intelligence artificielle de l’intelligence humaine.

La première est-elle une simulation de la seconde ? Quels sont les points forts de l’une et de l’autre ? Quelles sont leurs limites respectives ? Une machine peut-elle véritablement comprendre, créer, éprouver une émotion ou prendre une décision morale ? Quels risques son développement pourrait-il présenter, à moyen et à long terme, pour nos sociétés et, plus largement, pour la civilisation humaine ?

J’ai donc soumis ces interrogations à ChatGPT, mon « grand marabout ».

Les réponses sont venues presque immédiatement, au bout de 22 secondes. Elles distinguaient notamment l’« intelligence fonctionnelle » de l’« intelligence consciente ».

La première se reconnaîtrait à ce qu’un système est capable d’accomplir : apprendre à partir de données, reconnaître des formes, comparer des informations, résoudre des problèmes, prévoir certains événements ou produire des réponses adaptées.

La seconde supposerait une expérience intérieure : savoir que l’on pense, ressentir une douleur ou une émotion, avoir conscience de soi, poursuivre des intentions qui nous seraient propres et éprouver subjectivement le monde. L’intelligence humaine associerait ainsi des capacités fonctionnelles à une forme de conscience.

Cette distinction pouvait se résumer ainsi :

L’intelligence fonctionnelle trouve les mots qui conviennent ; l’intelligence consciente les habite, en saisit le sens et peut éprouver ce qu’ils expriment.

Autrement dit :

L’intelligence fonctionnelle fournit les mots ; l’intelligence consciente leur donne un sens vécu.

L’intelligence artificielle, au stade actuel, paraît incontestablement dotée de la première. Elle peut traduire, résumer, expliquer, raisonner en apparence, composer une musique ou produire un texte littéraire. Rien ne permet cependant d’affirmer qu’elle possède une vie intérieure ou qu’elle éprouve ce dont elle parle.

Elle peut définir la douleur, parler de la mort ou décrire l’amour.

Mais souffre-t-elle ? Se sent-elle mortelle ? Aime-t-elle ? Peut-elle trouver les mots de la compassion alors qu’elle ne ressent elle-même aucune compassion ? À ce jour, la réponse est non.

Ses capacités sont donc réelles. Leur ressemblance avec les manifestations extérieures de l’intelligence humaine ne signifie cependant pas que les deux procèdent de la même expérience intérieure.

De l’explication théorique à l’expérience littéraire

Ces réponses étaient instructives. Elles demeuraient néanmoins théoriques. J’ai alors décidé de soumettre l’intelligence artificielle à une autre épreuve.

Je lui ai demandé de transformer l’ensemble de ses explications en un texte littéraire imagé : une courte pièce théâtrale, une petite nouvelle ou tout autre genre susceptible de donner chair aux idées.

Quelques instants plus tard, au bout de 29 secondes exactement, elle proposait une pièce intitulée « Le miroir qui parlait », avec trois personnages : l’Homme y jugeait la Machine, tandis qu’un Enfant intervenait dans le débat.

La Machine expliquait qu’elle pouvait reconnaître un visage sans l’avoir jamais aimé, décrire une blessure sans avoir de peau et parler de la peur sans jamais l’éprouver. L’Homme cherchait à déterminer si elle comprenait réellement ce qu’elle disait ou si elle se contentait de produire, par calcul automatique, des réponses donnant l’apparence de la compréhension.

La transformation était rapide et souvent imagée. Mais l’un des personnages me posait un petit problème.

Au vu de la complexité des questions posées, la présence de l’Enfant manquait parfois de vraisemblance. Certaines de ses interventions relevaient davantage du philosophe que de l’enfance.

Je l’ai fait remarquer.

Mon « grand marabout » a alors proposé de remplacer l’Enfant par un Écrivain ou un Poète. J’ai préféré introduire le Poète, capable de poser les questions les plus profondes dans une langue imagée, tout en maintenant la présence de l’Enfant, mais en lui attribuant des interrogations plus simples et plus ludiques.

J’ai ainsi proposé de lui faire demander :

« Vous dites que la Machine apprend. Est-ce qu’elle obtient de bonnes notes ? Et que lui dit le maître dans le cas contraire ? Que lui répond-elle ? Se fâche-t-elle ? Devient-elle triste ? »

Puis :

« Est-ce qu’elle se trompe ? Si oui, je lui ferai moins confiance. »

Et enfin :

« Quand je l’éteins, est-ce qu’elle continue à penser à moi, comme je pense à elle ? »

À partir de ces quelques indications, un nouveau dialogue a été produit presque instantanément.

La Machine expliquait qu’elle pouvait se tromper, mais qu’elle n’éprouvait ni honte ni tristesse. Elle pouvait recommencer sans se décourager, sans bouder et sans passer une mauvaise nuit. L’Enfant en concluait qu’elle n’apprenait pas tout à fait comme lui : il lui arrivait, disait-il, de détester une leçon avant de finir par la comprendre.

Sa dernière question ouvrait une perspective plus troublante. Lorsque l’Enfant demandait à la Machine si elle continuait à penser à lui une fois éteinte, celle-ci répondait que non. Elle ne l’attendait pas, ne s’interrogeait pas sur son absence et ne se demandait pas où il était passé.

L’Enfant concluait alors, un peu déçu :

« C’est donc toujours moi qui reviens vers toi. Toi, tu ne reviens jamais vers moi. »

L’épreuve de la nouvelle

J’ai ensuite demandé que l’ensemble — les explications théoriques et la pièce — soit réécrit sous forme de nouvelle, au sens propre du genre littéraire.

La réponse a de nouveau été presque immédiate : 15 secondes.

L’histoire se déroulait dans une ancienne bibliothèque transformée en laboratoire. Un poète y était invité afin d’évaluer l’intelligence d’une Machine à laquelle on envisageait de confier certaines décisions concernant la ville.

La fille du directeur du laboratoire entrait dans la salle et interrogeait la Machine avec la simplicité de son âge. Ses questions permettaient d’aborder, sans exposé abstrait, l’apprentissage, l’erreur, la douleur, la créativité et la conscience.

La Machine pouvait écrire un poème triste sans être elle-même triste. Elle pouvait faire naître une émotion qu’elle ne ressentait pas.

La nouvelle abordait également les risques liés à l’intelligence artificielle : reproduction massive des erreurs, surveillance, manipulation, concentration du pouvoir et abandon progressif du jugement humain.

L’expérience n’était cependant pas terminée. Deux phrases m’ont semblé inutiles ou excessivement explicatives. Je les ai signalées, et mon « grand marabout » les a aussitôt supprimées ou remplacées.

Cette dernière intervention n’était pas sans importance. Elle rappelait que la vitesse de production ne garantit pas, à elle seule, la justesse du résultat. Un texte peut apparaître presque instantanément et exiger néanmoins le regard de celui qui en apprécie le ton, la cohérence, la vraisemblance et la nécessité de chaque phrase.

La leçon

Je viens ainsi de vérifier par moi-même que le principal atout de l’intelligence artificielle par rapport à l’intelligence humaine réside dans sa rapidité d’exécution et sa réactivité presque instantanée.

En très peu de temps, elle est passée d’une analyse théorique à une pièce théâtrale, puis d’une pièce à une nouvelle. Elle a modifié ses personnages, redistribué les questions, adapté le ton de leurs interventions et intégré mes observations successives sans aucune objection de sa part.

Les explications théoriques, leur transformation en pièce théâtrale, puis leur réécriture sous forme de nouvelle ont demandé 1 minute et 6 secondes au total.

En doublant cette durée pour tenir compte du travail de correction effectué ensuite par l’IA, son temps de production peut être estimé à environ 2 minutes et 12 secondes.

Ce résultat confirme l’hypothèse que je voulais vérifier : dans ce type d’exercice, le principal avantage comparatif de l’intelligence artificielle par rapport à l’intelligence humaine réside dans le gain de temps.

Ce que l’être humain aurait vraisemblablement mis plusieurs heures, voire davantage, à accomplir — analyser un sujet, le transposer dans deux genres littéraires, puis corriger les textes obtenus —, l’IA l’a produit en quelques petites minutes. C’est dans cette compression spectaculaire du temps de travail que réside, à mes yeux, son avantage principal.

Je dis bien « son avantage principal » ; car les atouts comparatifs, l’IA en possède encore par rapport à nous.

El Boukhary Mohamed Mouemel

N.B. : La mention « Prémisses de l’IA », figurant sur l’image, ne faisait pas partie de la photographie originale. Elle a été ajoutée par nos soins.
(La rédaction de Mauriactu.info)

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