
Le besoin est trop pressant : il faut que je laisse émerger ce qui me traverse. Mais comment le dire ? Les idées ne viennent pas, et les mots encore moins. Et c’est peut-être là mon erreur : où trouver les mots, si ce n’est dans les idées — ou l’inverse ? Et quoi de plus stérile que de vouloir les dissocier ou de chercher à leur forcer le passage ?
Je demeure pourtant devant la page, plume à la main. Je l’observe : elle reste silencieuse. Aucun signe de vie. Je la regarde sans un mot, et elle me renvoie le regard dans un silence de plomb.
On dirait qu’elle ne comprend pas qu’en la dévisageant, je lui parle : je lui demande des mots, non les maux d’un silence assourdissant.
Puis je me ressaisis, m’interrogeant : pourquoi l’incriminer ?
Est-elle vraiment blanche, cette page ? Ne porte-t-elle pas déjà mes hésitations, mes attentes et mes renoncements provisoires ?
C’est bien vrai. Mais que fait-elle, aussi expressive soit-elle dans son silence, du désir qui anime quiconque manie la plume : celui de partager ? C’est là que le bât blesse.
Je me rends à l’évidence : patience, patience…
Car les mots n’obéissent pas toujours à celui qui les convoque ; ils viennent plutôt à la rencontre de celui qui accepte de les attendre.
En attendant leur venue, dire leur absence est la seule voie qui me reste. N’est-ce pas là, précisément, la voix de la page blanche — une voix naturelle, sans bruit, qui dit parfois mieux que celle qui s’efforce de dire ?
Et si l’accepter comme telle et l’avouer, même à contrecœur, c’était aussi partager ?
El Boukhary Mohamed Mouemel
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