Entorse de plume

Mon exercice ardu préféré du moment : explorer les limites de ma propre plume. Mais restent-elles seulement intellectuelles lorsque cette vilaine entorse s’en mêle ?

À force de chercher son chemin, ma plume semble, ces derniers temps, s’égarer dans mon corps, frôlant un muscle, butant contre une articulation, entièrement crispée autour de cette cheville blessée.

La douleur ne serait-elle pas la plus dramatique des écritures ? Sans encre ni papier, elle grave ses mots — maux — dans la chair de son lecteur malgré lui : le malade.

Ma plume s’y trouve-t-elle piégée en ce moment ? Je le crains. Mais est-ce vraiment sa faute ? Comment la libérer ?

« Pour qu’elle aille où, si ce n’est en moi ? » me suis-je demandé, avant de me ressaisir : le monde est grand ; il ne se réduit pas au nombril chancelant d’un auteur.

Cependant, la douleur impose ses contraintes : elle rétrécit jusqu’aux champs de l’errance et de l’évasion.

El Boukhary Mohamed Mouemel

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