Combien de temps mon ami Hama doit-il encore souffrir pour être entendu ?*

Que de pages blanches ! Comme s’il écrivait avec sa pauvre cheville ! Pourquoi son entorse, ses complications et son immobilité — parfois partielle, parfois totale — s’étendent-elles à sa plume ? Une autre douleur, intellectuelle celle-là, mais tout aussi insupportable.

— Pourquoi mes SOS restent-ils inaudibles ? lui souffle-t-elle.

— Moi, je les entends. Je les répercute. Je tends l’oreille pour en écouter les échos, lui répond Hama. Mais rien ne vient. Peut-être n’ai-je pas frappé à la bonne porte.

Une voix intérieure tente de le rassurer :

— Ne désespère pas. À mesure que ton cas s’aggravera, les destinataires de tes SOS deviendront plus réceptifs. Sois patient. Cela viendra. Mais, pour y parvenir, il faudra que ta souffrance déborde encore davantage : qu’elle devienne vraiment lancinante et qu’elle dure encore longtemps.

— Cela fait déjà un an, rétorque Hama.

— Dans votre cas, il en faut bien davantage.

— Si telle est la solution, je suis sur la bonne voie. Hélas.

Quelle horrible consolation !

Col. (e.r.) El Boukhary Mohamed Mouemel

*Rien de fictif dans ce texte, si ce n’est le nom de « Hama » qui remplace celui de l’auteur.

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