Être plume au vent…

Plus j’écris, plus les repères me fuient.

Ma plume coule, incontrôlable, au gré de sensations diffuses, d’éruptions de joie, de tristesse ou de colère, de souvenirs et de rêves. Elle ne voudrait qu’une seule chose : que je la laisse aller, emportée par le vent. Je m’y efforce.

Toutefois, le perfectionnisme me tente, fort. Quel paradoxe !

Comment donner une forme précise et bien travaillée à ce que l’on ne sait pas bien saisir ? Où cela me conduit-il ? Je n’en sais rien. Et pourquoi le savoir ? Je ne m’en plains pas vraiment.

Quoi, en effet, de plus fertile que l’incertitude ? « Le chemin se fait en marchant », écrivait Antonio Machado.

L’écriture trace aussi sa propre voie. Peut-être plus que toute autre activité humaine.

Entité vivante et nomade, empruntant de multiples chemins, ne se nourrit-elle pas des péripéties de l’auteur, de ses doutes et errances ?

Se laissera-t-elle apprivoiser ? Ce ne sera pas facile pour elle, en ce qui me concerne. Le fourrage ne manque pourtant pas. Mais de quelle qualité ? À ceux qui nous lisent de répondre ou de ne pas répondre.

Le premier destinataire parmi eux — en l’occurrence, moi-même — reste perplexe. Comme toujours, il doute et doute toujours.

El Boukhary Mohamed Mouemel

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