Attention ! Le Fürer revient !

Le tableau en image jointe fait partie d’une quinzaine d’aquarelles et dessins mis aux enchères en Allemagne en 2015. Et ils continuent de susciter un engouement chez le grand public ; même si personnellement j'aurais du mal à imaginer collectionneurs et professionnels de l'art se bousculer pour les acquérir.

Leurs valeurs marchandes varient, de milliers à des dizaines de milliers d’Euros, selon les toiles. L’intérêt qu’elles suscitent n’est pas forcement dû à la qualité esthétique des toiles, plutôt médiocres, ni aux talents de leur piètre auteur. Il tient principalement à sa personne particulièrement détestable pour le commun des mortels, mais paradoxalement de plus en plus attrayante pour certains leaders politiques qui surfent sur les vagues de sentiments de frustration et de colère, exprimés ou tus, par leurs concitoyens, meurtris et désabusés.

Qui est donc ce personnage fascinant, légendairement détestable, mais aussi attirant au point de faire des émules dans la classe politique? Et quels sont ses liens avec la sécurité dans notre monde actuel ?

Trois indices permettent de répondre à ces questions.

Certes, les indications qu’ils apportent, révélateurs de  la méchanceté du personnage décrit, contrastent complètement avec le caractère paisible et aimable de son tableau que nous avons choisi comme illustration pour le présent texte.

Cependant, on notera ici, que contrairement à certaines visions angéliques, qui idéalisent l’art plastique et les produits culturels en général, les risques de collusion entre ces modes d’expression avec les dérives humaines ont toujours existé, depuis la nuit des temps. Et aujourd’hui, il n’y a pas de courant idéologique dangereux qui ne s’appuie pas sur ses propres bataillons de peintres, de poètes, de cinéastes, d’intellectuels… qui lui sont acquis, totalement ou partiellement.

Mais à regarder de plus près à travers les indices suivants, on notera que le méchant personnage, dont nous traitons, n’attire pas grâce à ces talents d’artiste plasticien mais à cause plutôt de son idéologie et son discours politique qui paraissent inspirants pour les extrémistes.     

 Premier indice : Criminel de guerre et génocidaire.

 Malgré ses crimes avérés, l’auteur n’a pas pu être présenté devant la Justice. Ce qui ne l’empêche pas d’être considéré, et à juste raison, comme le plus grand criminel de guerre et le plus grand génocidaire qu’a connu le 20ème siècle.

Deuxième indice.  Des acteurs politiques parmi ses principales victimes et leurs descendants s’inspirent de lui.

 Après sa disparition, un bon nombre de rescapés parmi la population qui a constitué sa  première victime ont créé un Etat propre à eux, fondé sur une base idéologique exclusivement confessionnelle que d’aucuns qualifient de raciste. Certains observateurs vont jusqu’à comparer ce référent idéologique, strictement religieux, au système raciste qui a cherché à exterminer les ascendants des fondateurs du nouvel Etat. Ils rappellent à ce propos l’argument de la "suprématie de la race aryenne" utilisé à l’époque par les nazis, et qui sous-tend la shoah.

Pour autant, cet Etat est reconnu par la communauté internationale, malgré que sa naissance et son développement ont donné lieu à des déplacements massifs de millions d’Arabes et de Palestiniens, musulmans, chrétiens ou même des sans religion. Tous sont devenus apatrides du fait de l’idéologie revanchiste et expansionniste des extrémistes religieux et politiques qui ont largement contribué à la fondation d’un Etat sioniste qui se targue d’être exclusivement « juif », qui ont accompagné son évolution fulgurante et qui sont actuellement à ses commandes.

Cet Etat continue de s’étendre géographiquement. Il refuse de restituer les plateaux du Golan et d’autres territoires qu’il a occupés lors de conflits armés avec ses voisins. Et il persiste à défier la communauté internationale en suivant une politique agressive d'implantation de colonies juives sur des terres arrachées injustement à leurs propriétaires palestiniens et arabes. Sa pérennité tient à un climat d’insécurité et un état de guerre permanent, qu’il a engendrés depuis sa naissance, il y a sept décennies, et qu’il entretient, depuis, entrainant dans son sillage son grand protecteur qu’est l’Oncle Sam

En effet, la première puissance au monde, pour assurer ses ravitaillements en hydrocarbures et ses intérêts géostratégiques, a besoin de trouver des arguments fiables pour brandir haut et fort son parapluie sécuritaire au Moyen-Orient. L’allié israélien les lui fournit, en mettant en avant les menaces et réactions d’hostilité à son égard. Celles-ci sont en effet réelles. Elles constituent des réponses à ses exactions contre les populations palestiniennes et arabes, contre sa confiscation de leurs terres, contre son esprit hégémonique et ses mauvais rapports avec ses voisins...

Troisième indice. Extrême droite, nazisme et terrorisme, plusieurs facettes d’un même ennemi de la liberté et de la paix.

En Occident, les mouvements dits, « d’extrême droite » s’inspirent de plus en plus ouvertement du modèle politique abominable et des théories racistes de « l’artiste raté » dont il est question ici. Ils font peser de sérieuses menaces sur le monde en puisant dans les ressources de la légalité et en exploitant les outils de la démocratie comme l’avait justement fait en son temps cet horrible personnage diabolique. Ce qui lui a permis à l’époque d’accéder au pouvoir légalement en janvier 1933, et de renforcer sa mainmise sur le pays, notamment depuis qu'il a concentré tous les leviers du pouvoir entre ses mains, suite au référendum populaire qui l’a plébiscité comme « Fürer absolu » l’année suivante, avec près de 90% des voix.

Comme quoi, démocratie et instrumentalisation des suffrages du peuple peuvent aller de pair pour conduire à la dictature ou aux mauvaises décisions ou erreurs politiques irréparables. Et il s’agit là d’un défi grave auquel font face beaucoup de nations aujourd’hui à travers le monde. Le Brexit, la Turquie de Recep Tayyip Erdoğan, la Hongrie de Viktor Orban... nous rappellent avec force cette évidence : les modes d'élection populaire constituent une arme à double tranchant dont la manipulation peut aboutir à des risques aux conséquences parfois incalculables.

A  la lumière de ces indices, il n’est guère plus de place pour le moindre doute quant à l’identité de cet « artiste plasticien », très peu connu pour son talent artistique plutôt très modeste, mais célèbre par ses dons, certains, d’homme politique excessivement dangereux. Tout le monde sait évidement de qui il s’agit : Adolf Hitler, l’homme politique le plus vomi de l’histoire moderne.

Mais il y a aujourd’hui une évolution très inquiétante le concernant : le monde libre assiste, impuissant, à la réhabilitation de la mémoire du Führer. Elle s’opère activement, de façon plus ou moins silencieuse, sans qu’elle ne soit avouée officiellement. Mais les faits sont là, suffisamment clairs et nets, pour l’annoncer sans équivoque.

 Outre les exemples de la Turquie et de la Hongrie déjà mentionnés, les très bons scores de Marine Le Pen lors des dernières élections présidentielles en France, et l’arrivée de Donald  Trump à la Maison Blanche… ne constituent-ils pas un signal fort dans ce sens? Les discours populistes de ces leaders ne dévoilent-ils pas une légitimation de la haine, du racisme, de l’extrémisme, du repli sur soi, du refus de l’Autre…?

Ailleurs, dans le reste du monde, cette réhabilitation de la mémoire du Führer prend des couleurs variables, mais elles restent globalement comparables à celles que l’on observe en Occident. Elles ont grosso modo  pour noms : extrémisme religieux,  nationalisme radical, ethnicisme … Elles se nourrissent de la peur, la véhiculent, alimentent l’extrémisme violent et créent les conditions favorables au développement du terrorisme.

Comme exemple de cette collusion de fait, le chercheur Gilles Kepel, spécialiste des mouvances djihadistes, cite des documents de l’Etat Islamique et d’Alqaida affirmant que les terroristes islamistes ont œuvré à travers des attentats en France et en Europe à favoriser le succès de Marine Le Pen lors des élections présidentielles de 2017. En outre, comme le FN et l’extrême droite de façon générale, les « djihadistes », sont indulgents vis-à-vis de  du nazisme, et le citent en exemple, plus ou moins ouvertement, pour raviver l’antisémitisme et la division des peuples sur des bases racistes ou religieuses.

Réhabiliter le nazisme sous une forme ou sous une autre, en le glorifiant ou en s’en inspirant constituent des points de rencontre entre les extrémismes, toutes tendances confondues.  

 Leur retrouvaille autour de la mémoire nazie regroupe les principaux artisans des idéologies nourricières de l'insécurité: l’extrême droite en Occident, les extrémistes de tout bord, les producteurs et diffuseurs de l'extrémisme violents, les terroristes... Cette rencontre constitue le plus lourd défi sécuritaire pour le monde aujourd’hui. Il s'agit de facteurs déstabilisateurs qui n’ont d’équivalent que les défis climatiques et écologiques auxquels ils concourent dangereusement.

Désormais, une prise de conscience générale, collective comme individuelle, de cette situation inquiétante s’impose plus que jamais à tous les nivaeux. Selon certains commendataires de presse et certains politologues, elle semble se dessiner à l’horizon avec l’accueil favorable qu’a reçu à l’échelle de la planète l’élection d’Emanuel Macron en France le dimanche passé. Les prémices étayant cette hypothèse optimiste demeurent toutefois floues. Parler sérieusement de lueur d’espoir nous semble en effet encore prématuré. C’est plutôt la prudence qui s’impose.

Cela est d’autant plus vrai que nous avons tous à l’esprit comment les vagues d’enthousiasme et d’optimisme consécutives à l'élection du jeune et charismatique Barak Obama, en 2009 à la Maison Blanche, ont fini, dés l’amorce de son premier mandat, par céder progressivement la place à la déception. Et actuellement, avec le populiste Donald Trump, les sentiments de désespoir ne font que s’approfondir.  

a l'instar de son discours, celui que portent les extrémistes, quelle que soit leur couleur idéologique, constituent d’une certaine façon un recyclage et une réadaptation, au contexte la mondialisation, du discours nazi. Très inquiétant  !    

El Boukhary Mohamed Mouemel

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