
La question n’est pas : comment Malouma Mint El Meidah, figure majeure de la musique mauritanienne, réinvente-t-elle l’identité sonore du pays en puisant dans les rythmes haratines ? La vraie question est à l’opposé : comment aurait-elle pu ne pas le faire ?
À travers un morceau vibrant et audacieux, elle fait dialoguer mémoire et modernité, art et engagement. Ici, la chronique musicale devient réflexion : frontière subtile entre liberté créatrice et usage politique, entre émotion brute et discours assumé.
La chanson s’ouvre comme un souffle venu du désert. Des voix d’hommes et de femmes s’élèvent — youyous, tberbir, cris de joie stridents qui déchirent l’air. Dans ces tberbir, battements de lèvres et secousses de tête, chaque geste devient rythme. Expressions nées d’une mémoire vivante, elles s’invitent dans l’œuvre et lui insufflent une pulsation authentique.
Malouma Mint El Meidah, fidèle à son audace, ne se contente pas d’interpréter : elle invente. Dans *La voix de la Charte des Haratines*, elle mêle tradition et combat, timbre populaire et conscience éveillée. La neyfara — flûte au souffle ancestral — prolonge la voix humaine, comme si le vent lui-même venait jouer sa partition.
Le message politique, conçu pour le cinquième anniversaire de la Charte, peut se discuter. Mais la musique, elle, tranche : elle parle plus haut et plus fort. Là où d’autres cherchent à convaincre, elle réussit à émouvoir. Elle transforme la cause en chant, la revendication en harmonie.
Dans sa voix, l’histoire rencontre l’avenir. Le passé, le présent et le futur respirent ensemble.
Les artistes mauritaniens ont toujours trouvé dans le patrimoine haratine une source d’inspiration. Mais chez Malouma, cette source devient vagues et lumière. Elle ne reproduit pas : elle crée. Elle écoute la rumeur des origines — et lui prête sa voix.
Le medeh, chants de louanges du Prophète (SAWS) et de ses compagnons, atteste le dynamisme d’un dialogue interculturel ancien. Il efface les cloisonnements, dissout les hiérarchies, unit les cœurs. Ici encore, le rythme devient prière, et la prière devient art.
C’est une femme libre qui chante. Consciente que la politique passe — mais que la beauté demeure.
Son engagement, sincère mais parfois controversé, divise certains admirateurs. Son art, lui, rassemble. Il parle au cœur, à ceux qui savent écouter au-delà des camps et des clivages.
Et c’est là, très certainement, que réside sa grandeur : dans cette capacité à transformer la cause en émotion, le message en lumière.
Dans ce morceau où se mêlent tberbir, youyous et souffle de neyfara, un pays tout entier semble respirer à travers elle : ses douleurs et ses danses, ses fiertés et ses blessures. Et dans la cadence qu’elle invente, on entend battre le cœur d’une Mauritanie qui se cherche encore — et rêve de se reconnaître elle-même.
El Boukhary Mohamed Mouemel
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