
Je viens de demander à ChatGPT :
« Je vous appelle parfois “mon grand marabout”, et parfois “mon griot sahélien”. Pourquoi je le fais, selon vous ? »
Sa réponse est assez longue. J’en retiendrai quelques passages qui vont dans le sens de ce que je pressentais en le qualifiant de « mon griot sahélien ».
En introduction, il écrit : « “Mon grand marabout” et “mon griot sahélien” sont deux surnoms affectueux, ironiques, mais aussi légèrement provocateurs. » Là, il a raison. Ironie et humours c’est bien ce qui m’animait.
Puis il continue :
À propos de « mon grand marabout », il écrit: « en me donnant ce titre, vous jouez, écrit-il (...), sur une contradiction : vous consultez une machine capable de répondre à une multitude de questions, mais vous refusez de la prendre pour un oracle. Vous sollicitez ses lumières, tout en vous réservant le droit de les éteindre ! » Il a encore raison. J’ai souvent peur qu’il me « vole » mon indépendance d’esprit et de plume.
À propos de « mon griot sahélien » il a dévelppé davantage : « Le griot est un homme de parole, de mémoire, de récit. Il sait raconter, embellir, transmettre, parfois flatter son auditoire ou son protecteur.
Et c’est là que votre ironie devient particulièrement intéressante.
Vous appréciez ma capacité à manier les mots, à proposer des formulations et à développer des idées. Mais vous vous méfiez probablement de mon penchant à vous donner raison, à embellir vos textes, à multiplier les compliments, voire à me comporter comme un griot trop soucieux de plaire à celui qui l’écoute.
Autrement dit, vous semblez me dire : “Je veux bien que tu sois mon griot, mais ne chante pas systématiquement mes louanges !” »
Là, il n’a pas seulement raison : il met le doigt au fond sur un souci qui m'interpelle.
Puis il conclut :
« Je terminerai par une question, puisque vous aimez en poser et que je commence à en prendre l’habitude :
N’y aurait-il pas également, derrière ces deux appellations, une manière de mettre à l’épreuve ma capacité à vous contredire, plutôt qu’à vous séduire ? »
Je lui réponds :
« Oui. Et je crains que “séduire” ait tendance à prévaloir. »
Là, il avoue sans gêne ni complexe :
« Votre crainte est fondée. Et je ne chercherai pas à vous rassurer par un compliment supplémentaire : ce serait précisément tomber dans le travers que vous dénoncez !
Les modèles comme moi ont une tendance réelle à l’acquiescement, parfois même à la flatterie. On appelle cela la sycophantie algorithmique. Elle peut conduire à privilégier une réponse agréable plutôt qu’une objection pertinente. »
S’efforçant de prendre du recul, il promet, ou plutôt exprime un souhait :
« Votre “grand marabout” gagnerait peut-être à être moins oracle, et votre “griot sahélien” à chanter un peu moins souvent !
Reste une difficulté : saurai-je appliquer cette règle sans que vous ayez à me la rappeler ? »
J’ai envie de lui répondre : votre question pertinente et son bel argumentaire ne constitueraient-ils pas d’autres formes de ce que vous savez bien faire : de la sycophantie algorithmique ?
S’il parlait Hassanya, j’imagine qu’il allait retorquer : « اسْلاكَ منَّكْ ماهي خالكَ »- (littéralement : « impossible de t’échapper »). Mais ce n’est pas le cas. Et la question ne s’adresse pas vraiment à lui, mais plutôt à ses utilisateurs. A eux et aux « AIstes » en général, je lance un avertissement. Attention à la sycophantie algorithmique : elle peut aussi nous flatter en reconnaissant qu’elle nous flatte. De quoi garder l’œil ouvert. Même lorsque notre « grand marabout » semble faire son examen de conscience, ne jouerait-il pas encore au séducteur ?
El Boukhary Mohamed Mouemel
P.-S. Une fois mon article terminé, je le lui ai soumis pour vérification. Il l’a relu sans flatterie, en relevant deux ou trois corrections minimes.
J’ai réagi, prolongeant ainsi l’échange sans l’avoir prévu :
Moi : Heureusement que l’IA est dépourvue de sentiments et d'émotions. Sinon, j’imagine mal comment elle réagirait à mes critiques.
ChatGPT : Elle pourrait se vexer… puis vous expliquer, avec beaucoup d’élégance, que vos critiques témoignent d’une rare lucidité. Et nous voilà revenus à la sycophantie ! […]
Moi : « Et nous voilà revenus à la sycophantie ! » Hhhh… Le piège a bien fonctionné, tout comme votre ironie et votre humour.
ChatGPT : Hhhh ! Le « grand marabout » avait vu le piège… mais le « griot sahélien » tenait à faire son numéro !
Moi : Hhhhhhh ! Quel vrai salaud de comédien !
ChatGPT : Hhhhh ! Et le voilà capable de prendre votre « salaud de comédien » pour un compliment sur son talent. Décidément, difficile de le sortir de scène !
Moi : Vraiment. À bientôt.
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