Maghreb–Sahel : informer sur l’urgence écologique, un pilier central de la sécurité humaine *

 Je perçois le problème posé — « Maghreb–Sahel : quelle architecture régionale face aux nouveaux défis ? » — comme une invite à la réflexion sur la sécurité, au sens large du mot, et sur les voies et moyens de la préserver.

Deux questions guideront mon propos : quelle place donner à l’information pour préserver ou rétablir la sécurité humaine ? Et quelle proposition précise, issue d’un effort collectif transnational, pourrait nous aider à répondre à cette exigence ?

1. Sécurité humaine : l’urgence d’informer sur l’environnement

Dans notre panel, et comme évoqué en introduction, le premier mot qui vient à l’esprit est « sécurité ». Dans son sens classique, militaire et géopolitique, mais aussi et surtout la sécurité au quotidien.

Que signifie protéger un territoire si les conditions qui permettent d’y vivre se dégradent gravement ?

Cette question nous conduit à la sécurité humaine. Comment assurer celle-ci sans préserver les ressources et les milieux qui rendent notre existence possible : une eau accessible, des terres nourricières, des milieux habitables ?

Les enjeux environnementaux dépassent les frontières géographiques. Ils relient particulièrement les espaces voisins, comme le Maghreb et le Sahel, malgré la diversité de leurs situations.

La sécurité régionale repose sur la capacité des sociétés dans l’espace considéré à comprendre les risques et à agir en conséquence avant qu’il ne soit trop tard. Ici, ce n’est pas seulement l’intérêt primordial de l’information qui est mis en avant, mais aussi son urgence, surtout en cas de crise en cours ou de crise en gestation.

Vous remarquerez que le sous-thème nous propose trois verbes constituant un triptyque qui commence par « informer » : informer, protéger et anticiper.

C’est sur ce premier élément du triptyque que j’aimerais insister, en mettant l’accent sur les exigences d’une information adaptée aux enjeux environnementaux, à leurs soubresauts et à leurs évolutions rapides.

2. Un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique : un exemple de charte

Plus précisément, je voudrais rappeler un document que vous connaissez sans doute : la « Charte pour un journalisme à la hauteur de l’urgence écologique ». Selon son site officiel, elle rassemble 1 800 journalistes signataires à titre individuel ainsi que plus d’une centaine de structures : rédactions — dont la nôtre, Mauriactu.INFO —, sociétés de production, organisations professionnelles et établissements de formation. Des chiffres qui donnent une idée de l’ampleur de la mobilisation.

Vous pouvez retrouver toutes les informations à ce sujet sur son site. J’en soulignerai brièvement quelques aspects, et nous pourrons en discuter ensuite.

En définissant 13 principes fondateurs, cette Charte nous invite à bien prendre en compte l’écologie dans l’ensemble du traitement de l’information, en reliant le climat, le vivant et la justice sociale. Elle demande un journalisme fiable, pédagogique et indépendant, capable d’expliquer les bouleversements, d’en examiner les causes et d’évaluer les réponses. Elle appelle enfin la profession à se former, à mettre ses pratiques en accord avec ses exigences et à cultiver la coopération.

Sans savoir exactement pourquoi, je voudrais m’arrêter précisément sur quatre de ses principes : 2, 9, 10 et 13.

Le deuxième : faire œuvre de pédagogie. Les données scientifiques relatives aux questions écologiques sont souvent complexes. Il faut les rendre compréhensibles, notamment les ordres de grandeur, les rythmes des changements et les liens de cause à effet. Expliquer ces notions complexes permet aux populations de mieux apprécier les risques et les choix qui les concernent. Dans notre espace Maghreb–Sahel, cette pédagogie passe par la mise en valeur des langues, des savoirs locaux et des réalités vécues.

Le neuvième : se former en continu. Comment expliquer ce que l’on maîtrise insuffisamment ? Les enjeux écologiques demandent des connaissances que les journalistes doivent pouvoir acquérir et actualiser. Cette formation engage leur responsabilité, mais aussi celle des rédactions et des organisations professionnelles. La Charte insiste sur la formation aux enjeux écologiques comme une exigence partagée par le journaliste et son employeur.

Le dixième : s’opposer aux financements issus des activités les plus polluantes. Ce principe pose une question difficile : comment enquêter librement sur des activités nocives, y compris les pratiques d’écoblanchiment — ou « greenwashing » —, lorsque les entreprises concernées contribuent au financement du média ? La Charte reconnaît aux journalistes le droit d’exprimer leur désaccord sans crainte. Il y a donc lieu de réfléchir aux conditions qui permettent de faire vivre au mieux cette liberté.

Le treizième : cultiver la coopération. Les risques écologiques traversent les frontières. Dans l’espace Maghreb–Sahel, le travail des professionnels de l’information gagnerait à participer à un écosystème médiatique solidaire, capable de défendre une pratique journalistique soucieuse de préserver de bonnes conditions de vie sur Terre. Cela pourrait se traduire par le partage des connaissances, des enquêtes communes, le rapprochement des rédactions et le soutien aux journalistes, particulièrement à ceux qui travaillent dans des conditions difficiles.

Voilà, entre autres, quatre pistes que nous propose cette Charte : mieux expliquer, mieux se former, défendre son indépendance et travailler ensemble.

Pour revenir enfin au triptyque — informer, protéger et anticiper —, rappelons que la Charte nous propose neuf autres pistes. Comment maximiser tout cela de manière à nourrir à la fois notre réflexion et notre action dans l’espace Maghreb–Sahel ? Ensemble, réflechissons sur la question.

Je vous remercie.

Colonel (e/r) El Boukhary Mohamed Mouemel

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*Ce texte a été présenté tout à l’heure à Nouakchott par son auteur dans le cadre du FORMUC (Forum régional des médias sur l’information et la communication). Il constitue une contribution au panel 3 : « Maghreb–Sahel : quelle architecture régionale face aux nouveaux défis ? ». Il met plus précisément l’accent sur les exigences d’une information à la hauteur de l’urgence écologique.

 

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