Écrire, c’est souffrir ou se faire plaisir ?

Je ne dirais pas que Boileau a tort. Mais le doute qui m’habite est bien permis ici.

Rien ne se conçoit toujours bien ; rien ne s’énonce toujours clairement, et les mots ne viennent pas forcément avec aisance.

Nicolas Boileau aurait sans doute gagné à un peu plus d’humilité.

S’est-il seulement posé la question :

Écrire, c’est souffrir ou se faire plaisir ?

« Et pourquoi pas les deux à la fois ? », aurait-il peut-être dû se dire.

Mais, en « m’attaquant » ainsi à une figure littéraire d’une telle envergure, ai-je vraiment fait preuve d’humilité à mon tour ?

Je crains que la réponse ne soit non.

D’ailleurs, quelle plume ne cacherait pas quelque vanité ou prétention d’auteur ?

Les errances de la mienne y échappent-elles ? J’en doute. Le reconnaître ne les en délivrerait guère ; cela ajouterait tout au plus une pointe d’autoflagellation à cette souffrance que l’on s’inflige parfois en prenant la plume.

Écrire, c’est hésiter, raturer, recommencer, chercher un mot qui se cache précisément au moment où l’on en a besoin, et parfois souffrir de ne pas parvenir à dire exactement ce que l’on voudrait dire.

« Quelle peine ! », pourrait alors soupirer l’auteur.

Toutefois, écrire, c’est aussi se décharger d’un poids que l’on porte ; c’est mettre des mots sur des maux qui nous accablent, mais aussi sur les plaisirs et les joies qui nous traversent. C’est nous alléger, d'une certaine manière, en partageant avec les autres un peu de nos soucis comme de nos bonheurs.

Et si l’on y parvient — mais seulement alors — quoi de plus naturel que de croire que tout a été aisé, pour revenir à Boileau et, finalement, lui donner raison ?

El Boukhary Mohamed Mouemel

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