Police du verbe et de l’IA ou médiocrité ?

Le problème, c’est d’écrire sans parvenir à s’exprimer, ou d’écrire sans publier, ou encore de publier sans être lu. Et même si l’on est lu, sans que l’écriture rencontre d’écho, faut-il se demander : à quoi bon une écriture qui restera morte ? Ou découvrira-t-on plus tard qu’elle n’était pas un cadavre ? Mais alors, où sera l’auteur, et que lui importera tout cela, dès lors que le partage avec les lecteurs lui aura échappé ?

Comment pourrait-il donc ne pas enfermer le temps de son œuvre dans les limites étroites de sa propre vie ? L’échelle temporelle de l’écriture n’est-elle pas bien différente de celle de l’auteur ? L’écriture, l’art et les autres formes de création sont-ils cet héritier qui prolonge la vie humaine et en élargit la portée ? Ou la technologie de la médiocrité leur barre-t-elle aujourd’hui la route ?

Il ne faudrait pourtant pas accuser l’intelligence artificielle : elle répond aux sollicitations de ses utilisateurs, quels que soient leurs motivations et leurs profils. Serait-il possible de la doter de garde-fous contre la médiocrité ? Cela paraît difficile et peut-être même dangereux. Difficile, car il est extrêmement délicat de mettre au point une définition satisfaisante pour tout le monde. Et, à supposer qu’un consensus international se dégage sur cette définition, quelle interprétation et quel usage en seront faits, selon les intérêts et les mobiles des acteurs collectifs organisés et de tout un chacun ?

De telles qualifications ne risquent-elles pas d’être instrumentalisées, dans bien des cas, pour restreindre la liberté d’action ou d’expression, voire pour justifier ou couvrir des crimes ? Les mots « terrorisme » et « extrémisme violent » sont là pour le rappeler.

J’ai soumis le présent texte à ChatGPT pour vérification. Il m’a répondu, reprenant l’une de mes formulations :

« “Elle répond aux sollicitations de ses utilisateurs” laisse une question en suspens : répondre, c’est aussi choisir une formulation, une hiérarchie, une manière de présenter. Cela suffit-il à dégager l’IA de toute responsabilité dans la médiocrité produite ? Votre texte pourrait rencontrer cette objection sur son chemin. »

Je me suis dit que j’allais lui répondre en prenant la défense de mon marabout, puisque lui jouait apparemment au modeste :

« Je ne sais pas si tu es programmé pour être modeste, mais moi, une telle objection ne me gêne pas. Ce que j’ai écrit est sujet à débat, tant sur la forme que sur le fond. Et c’est précisément cette ouverture au débat qui fait sa raison d’être. Merci, cher grand marabout, de me l’avoir montré en pratique. »

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