Voyager / Par Mona Mac Dee

Voyager

Tourner en rond dans la maison vide,

frôler la poussière d'un doigt distrait,

allumer la radio et l'éteindre,

lire, essayer de lire.

 

Il pleut,

le vent chasse la pluie sur la vitre.

La chaudière se met en route,

et ronfle doucement.

 

Je retiens mes larmes : « à quoi ça sert ! »

Le téléphone est muet, comme toujours.

Un manteau, une écharpe, je fuis, appareil à l'épaule.

 

Dès que j'entre dans le wagon encore désert,

il n'y a plus de douleur.

le paysage défile rapide, 

et je capte des images que je voudrais emprisonner.

Le train s'arrête,

le ciel s'est dégagé.

 

Les pas se suivent, 

m'emmènent au hasard  des berges et des campagnes,

des usines désaffectées,

des rencontres volées.

Je les garde au chaud sous ma veste brodée.

Chaque pas est une respiration,

chaque pas crée de la place pour du nouveau,

et abandonne au fil du chemin

les trop – pleins des chagrins accumulés.

À chaque voyage j'en laisse un peu derrière moi 

et chaque cahot me berce comme une mère.
 

Fourbue, mais si légère,

je rentre chez moi et j'écris sur les murs et les cahiers,

sur le dos des livres, sur les draps trop lisses,

sur les miroirs défraîchis,

sur le bois des tables,

sur les tableaux décrochés,

sur la buée des vitres,

ces mots que toi seul me murmureras: 

«  arrête, je suis là, il ne te faut plus voyager. »

 

Source: mona mac dee

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