Privatisation de l’espace : progrès scientifique ou nouvelle menace pour l’humanité – et pour la Mauritanie ?

Les applications spatiales sont désormais accessibles à tous : communications, imagerie satellitaire, téléconférences, météorologie… Inondant la planète, les services satellitaires se sont imposés partout. Depuis une trentaine d’années, leur multiplication a favorisé une interconnexion mondiale sans précédent. Mais cette ère d’hyperinformation, que certains qualifient « d’infobésité », révèle aussi ses excès et ses limites.

Aujourd’hui, l’intervention spectaculaire du secteur privé dans la mise en orbite d’êtres humains marque une étape décisive dans la conquête spatiale. Le monde entre dans une phase inédite, où les frontières entre ambitions commerciales et rêves de science-fiction s’estompent.

Rien de surprenant… mais des conséquences lourdes

Cette privatisation, si elle paraît récente, n’est pourtant pas une surprise, notamment pour l’auteur de ces lignes. Dès 2003, j’écrivais :

« La recherche sur les vecteurs et leur développement relève d’une logique qui a toujours visé à offrir une plus grande souplesse dans l’emploi des lanceurs. (…) En aval, cela conduit logiquement à la banalisation des applications de l’espace qui deviennent progressivement à la portée de tous les pays. (…) L’aboutissement sera l’émergence d’entreprises privées très compétitives en matière de satellisation. »[i]

 

Dix-sept ans plus tard, les faits confirment cette prévision. En 2020, l’entreprise américaine SpaceX remportait un marché de la NASA pour mettre en orbite deux astronautes, envoyés à la Station spatiale internationale (ISS). L’arrimage de leur capsule a été effectif quelques heures après le lancement.

Le secteur privé américain était déjà présent depuis longtemps dans la conquête spatiale : Falcon avait réalisé le 28 septembre 2008 la mise en orbite d’un satellite d’observation malaisien. Depuis, des centaines de lancements commerciaux ont eu lieu, mais ils concernaient uniquement des satellites. Avec SpaceX, pour la première fois, des êtres humains ont été satellisés par une société privée. La prochaine étape sera sans doute celle de stations spatiales habitées à usage scientifique, commercial ou touristique.

De tels développements soulèvent une question cruciale : quelles en sont les conséquences pour l’éco-sécurité spatiale ?

La Mauritanie est concernée

Au-delà de l’atmosphère, des terres et des mers déjà polluées, l’espace extra-atmosphérique est devenu un immense dépotoir. Des milliers de débris – restes de fusées, satellites désorbités ou fragmentés après collision – dérivent au-dessus de nos têtes. Leur multiplication est constante, et leurs chocs en chaîne aggravent le problème en les fragmentant à l’infini.

Ces débris ne restent pas tous dans l’espace : certains retombent régulièrement sur Terre, faisant peser des risques sur les populations. La Mauritanie n’est pas épargnée : il y a quelques semaines, des morceaux d’un satellite chinois sont tombés dans nos eaux territoriales.

Ce qui inquiète davantage encore, c’est le silence qui a entouré cet événement. Les autorités n’ont rien communiqué, l’opinion publique n’en a quasiment pas été informée, et les rares échos dans la presse locale sont passés inaperçus. Une indifférence préoccupante !

Préserver l’hygiène de l’espace : un enjeu vital

La survie même de l’humanité dépend de la « propreté » de l’espace. Or celle-ci est gravement menacée par la multiplication des acteurs privés et la course effrénée aux lancements. L’accumulation des débris est appelée à s’amplifier.

Et si, un jour, l’impensable survenait : non plus des morceaux de satellites, mais des restes humains, des astronautes dérivant dans le vide spatial ? Catastrophe improbable, certes, mais pas impossible.

Dans une telle situation, il ne nous resterait qu’à nous tourner vers le Créateur, pour nous rappeler nos limites :

Qu’Allah nous préserve, nous et l’humanité entière, de tels désastres.

El Boukhary Mohamed Mouemel

 

[i] Lieutenant-colonel El Boukhary Ould Ahmedou Ould Mohamed Mouemel, La banalisation de la militarisation de l’espace : enjeux et applications des satellites artificiels à l’ère de la mondialisation, juin 2003, Impression AIB, Tevragh Zeina Nouakchott.

 

 

 

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