Covid-19: Diyé Ba et quatre anciens ministres d’Afrique et d’Europe mettent en avant les atouts du «Continent noir .

La pandémie du Covid-19 a surpris tant par sa brutalité d’apparition que par son effet dévastateur sur les populations à l’échelle du monde. Chaque pays a été pris de court, essayant d’apporter les réponses politiques et sanitaires à la hauteur de la crise. Même si l’activité humaine reprend désormais dans la plupart des pays touchés en Asie et qu’en Europe les stratégies de déconfinement se préparent, le Covid-19 continue à menacer.

La situation sanitaire inédite a suscité et nourri beaucoup de débats. Alors qu’en France, les tergiversations portaient sur la capacité à multiplier les lits de réanimation, sur la disponibilité d’équipements de protection comme les masques ou sur la pertinence de l’utilisation de chloroquine, au Royaume Uni ou aux États-Unis, on se demandait s’il fallait confiner les populations ou laisser se développer une immunité de masse.

 De bons signes en Afrique : anticipation,  réactivité et innovation

Sur le continent africain, la situation a été toute autre, marquée par des décisions rapides et efficaces.

À la faveur de la survenue plus tardive de l’épidémie en Afrique, les autorités ne se sont pas laissées surprendre, bénéficiant de l’expérience de la gestion de l’épidémie sur les autres continents. Ainsi, des mesures sanitaires, financières et sécuritaires avec un confinement plus ou moins strict, ou un couvre-feu, selon les pays, ont été prises précocement. Quant au traitement par chloroquine, bien connu en Afrique, il a souvent été instauré systématiquement.

La fragilité des systèmes de santé en Afrique n’a pas empêché la réactivité des États ; souvent la riposte a profité d’équipements et d’un savoir-faire hérités des épidémies antérieures, notamment de la gestion de l’épidémie d’Ebola, qui a doté les pays concernés de ressources humaines compétentes et d’infrastructures adaptées. L’expérience du triage des patients à l’entrée des hôpitaux a été un acquis supplémentaire.

Même la faible densité médicale a parfois été compensée par des acteurs certes de nature culturelle et propre à l’Afrique, mais efficaces : les relais communautaires qui, à travers leurs comités locaux, ont participé activement à la sensibilisation des populations, avec une utilisation importante des réseaux sociaux, les autorités religieuses qui ont elles aussi pris des décisions pour endiguer l’épidémie.

Mais le plus spectaculaire est la capacité de la société civile et des autorités à développer et soutenir des innovations locales. L’absence de mécanismes de solidarité internationale face au Covid-19 a engendré une émulation créatrice immédiate. Très vite, le Maroc était en capacité de produire cinq millions de masques par jour, rendant jaloux bien des pays occidentaux. Au Sénégal, de jeunes chercheurs ont conçu et fabriqué rapidement et à bas coût des respirateurs artificiels.

Les solutions technologiques sont nombreuses, à chaque fois adaptées à l’environnement local et aux moyens disponibles : applications numériques pour informer et recenser les cas (Algérie), détecter et lutter contre les fausses informations (Tunisie) ou réaliser des autodiagnostics (Burkina Faso), drones autonomes pour livrer des fournitures médicales ou des médicaments (Nigéria), plateforme de télédiagnostic utilisant l’intelligence artificielle pour le diagnostic du Covid-19 (Kenya), dispositifs mécaniques de lavage des mains et de bavettes en tissu ou masques alternatifs (Bénin), etc…

Une expérience à capitaliser pour faire face à des menaces multiformes...

Bref, l’Afrique a su créer son écosystème pour faire face à la pandémie. Cependant, l’arbre ne doit pas cacher la forêt. Parmi les 3,5 millions de cas répertoriés dans le monde, seuls 12 % sont recensés sur le continent africain et ces cas sont moins graves.

Pourtant, l’Afrique n’est pas à l’abri de nouvelles crises sanitaires bien plus dévastatrices au regard des évolutions épidémiologiques annoncées, en terme de maladies infectieuses ou chroniques, et les systèmes de santé actuels ne seront pas assez solides.

Pour y faire face, il faudra capitaliser sur l’inventivité des pays du sud, s’inspirer des approches innovationnelles plus frugales et agiles qui pourront s’adapter en période de crise et enfin ouvrir la voie aux partenariats public-privé en santé.

Il faudra aussi enfin bâtir ce système global, solidaire et durable, s’appuyant sur des coopérations scientifiques et sanitaires solides, des transferts de compétences médicales et stratégiques et faire émerger des partenariats justes et équitables.

Les signataires :

Nora Berra, ancien ministre de la Santé, France
Abdou Fall, ancien ministre de la Santé, Sénégal
Diye Ba, ancien ministre de la Santé, Mauritanie
Dorothée Kindé-Gazard, ancien ministre de la Santé, Bénin
Samira Meraï-Friaa, ancien ministre de la Santé, Tunisie

Source : Jeune Afrique.

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