15ème anniversaire de la disparition de Habib Ould Mahfoud : Ould Oumeïr lui rend hommage.

15ème anniversaire de la disparition de Habib Ould Mahfoud : Ould Oumeïr lui rend hommage.

On nous apprend que la mort est une étape de la vie, une sorte d’aboutissement fatal. Et c’est vrai, c’est «une route tracée pour tous», comme disent ces gens qui croient vous compenser la perte que vous venez de subir, en vous entourant et en vous assenant des lapalissades du genre.
Mais nous apprenons par nous-mêmes que si la mort est une fatalité, l’oubli n’en est pas. Et nous commémorons. Pour ne pas oublier.
Chaque année, chaque cinq ans et puis chaque dix ans… en attendant de le faire chaque siècle. Qui dit que les Mauritaniens du futur ne seront pas plus fidèles que ceux d’aujourd’hui ?
Le 31 octobre est une date à commémorer parce qu’elle correspond au jour où le Destin a choisi de nous arracher un personnage que nous devons célébrer chaque année et en toute occasion. Habib, H’bib, Mahfoudh ou Beddah pour les plus proches s’est éteint dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2001 à l’Hôpital Hôtel-Dieu de Paris où il avait été admis en urgence quelques jours avant.
H'bib Ould Mahfoud est né le 10 septembre 1960 aux environs de Gnifrar, «l’ancien Hsey Meyloud» comme il aimait dire. Ses premières années il les passera entre le centre de l’Iguidi et Boutilimitt au gré des affectations de feu son père, Sidi Ould Mahfoud qui fut l’un des premiers gendarmes du pays.
Sous la tente qui l’a vu naître, trois écoles du domaine «bidhâne» s’enrichissaient l’une l’autre : celle de la mesure et de l’humilité, celle de la vivacité et de la spontanéité et celle de la candeur et de l’endurance.
Trois prénoms lui colleront sous cette tente comme pour l’obliger à incarner ces trois écoles : Beddah du nom du Vénéré Cheikh Abdel Vettah Ould Cheikh Ahmed LelValli qui fut pour son époque et son milieu un Maître et un modèle, et pour le «petit Beddah» plus qu’un grand-père ; H’bib qui donna Habib par altération ou convenance, et qui lui vient de l’Emir du Trarza, l’une des dernières grandes incarnations de ce que l’aristocratie Bidhâne comptait de mieux ; et Mahfoudh qui était le prénom le plus usité par son père alors que sa mère, cette merveilleuse dame faite de mesure et de finesse ne l’appelait que Beddah ; seuls finalement ses enseignants et les gens qui le connaissaient peu l’appelaient Habib, tandis qu’il était le seul à s’appeler H’bib par moments.
C’est dans cet environnement extraordinaire qu’est le Gnifrar des années 60 qu’il grandit et qu’il s’ouvre à la vie. 
«Quelle ouverture ! aimait-il à répéter. Nous sommes à moins de quatre kilomètres de Dowchliya et jamais nous ne nous aventurons vers ce village». Pourtant il apprend à être curieux sans être impertinent, doué sans espièglerie, intelligent sans prétention… C’est comme ça qu’on naît et qu’on grandit ici.
Son premier maître d’école fut feu Mohamed Ould Bagga, un poète émérite qui finira sa vie en ascète. Sa première classe se passe sous la tente. Son premier livre est un Larousse que son père lui rapporte et qu’il finit par réciter.
Il débarque à Mederdra à la fin des années 60 où il termine son cursus scolaire primaire. C’est là que je rencontre pour la première fois. Il rejoint notre bande, la plus proche de lui sociologiquement. Il passe le concours d’entrée en sixième en juin 1972 et va à Nouakchott pour poursuivre au collège des garçons de la capitale.
Ceux qui ont étudié avec lui ont encore le souvenir de ce garçon intelligent qui ne ratait jamais de cours, qui était toujours premier en français et dernier en mathématique. Certains de ses professeurs de maths avaient vite fait de l’appeler «le Victor Hugo de la classe». C’est en classe de troisième qu’il compose son premier poème qui sera inscrit dans les programmes scolaires de l’IPN plus tard. Déjà en quatrième, il fonde, avec ses amis un journal dénommé «Al Anba». Parti pour être un journal scolaire, Al Anba prend vite l’allure d’un vrai journal. L’expérience est assassinée : ce qui ne passe pas par le CREA (centre d’animation du Parti du peuple mauritanien) n’a pas de raison d’exister (les kadihines sont passés par là).
Il obtient son brevet franco-arabe en juin 1976. C’est au Lycée national qu’il se fait connaître. Trois années durant, les élèves de la filière Lettres Modernes n’auront d’yeux que pour celui qui peut aligner des dizaines de lignes sans faire de faute, réciter des centaines de vers sans sourciller. Avec une bande de copains, il obtient le Baccalauréat en juin 1980.
La volonté imbécile d’une administration, qui montrait déjà son incompétence, fait que Habib se retrouve orienté vers Alma Ata en Russie pour faire des études de cinéma. Ce qu’il refuse. Il est finalement inscrit à l’Ecole normale Supérieure de Nouakchott où il brille véritablement. Ce qui ne l’empêche pas de quitter au bout de deux ans après avoir obtenu le diplôme de certificat d’aptitude à l’enseignement du premier cycle.
Il est envoyé à Aïoun où il enseigne pendant quatre ans. Il complète sa connaissance de la Mauritanie et redécouvre les trésors cachés de la culture Bidhâne.
En 1987, il est affecté à Nouadhibou où il essaye de s’accrocher à un métier qui a perdu ses lettres de noblesse. Puis en 1991, il est envoyé à Atar.
Entre-temps, ses amis qui ont fondé Mauritanie-Demain, font vite appel à lui. Ici, il se fait remarquer par son génie et son courage.
C’est là que l’on découvre Mauritanides. Et c’est ici que Habib se découvre lui-même. Acceptant d’offrir au monde une face de son être si riche et si complexe.
Quand il écrivait son livre «Les quatre vents de l’esprit», Victor Hugo disait : «Ce livre est écrit beaucoup avec le rêve, un peu avec le souvenir. Rêver est permis aux vaincus ; se souvenir est permis aux solitaires». Chacun de nous pourrait faire sienne cette affirmation.
A Taghla qui a su porter dignement notre deuil à tous, à Toutou, Bodde et Oum Kalthoum (Kelthama)… à Mghayli, à Khadijetou, Taki et Mghayli… aux filles (Moume, Mana et Mint Balla)… à tous ceux des amis et compagnons (de fortune ou d’infortune), à ceux des nôtres qui continuent d’entretenir la flamme en refusant l’emprise de l’oubli, je réitère l’expression de mes condoléances les plus attristées.

Source : Page face book de Ould Omeïr Mohamed Fall

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